transmission

Depuis sa création, athra & compagnie s’est clairement positionnée dans une relation au public qui dépasse la seule  rencontre liée à la représentation.
Stages, ateliers, rencontres, classes culturelles ou projet de classe à PAC, quels que soient les noms donnés à l’acte de transmission, les intentions de la compagnie restent les mêmes :

  • restituer la portée d’une pensée contenue dans un texte
  • proposer, par le prisme de l’art dramatique, une vision du monde
  • ébranler les certitudes, débusquer les lieux communs et autres poncifs complaisants
  • ré-enchanter l’absurde impuissance de l’homme à comprendre les tenants et les aboutissants de son existence
  • s’émerveiller de la capacité partageable à produire de l’émotion et du questionnement

Petite biographie incomplète des formations :

athra & compagnie a encadré de nombreuses formations au Théâtre le Sémaphore à Cébazat (dans le cadre de la résidence de sa compagnie pendant 5 ans auprès de scolaires du CE2 au CM2 ou d’amateurs), dans des collèges (classes à PAC, classes culturelles, ateliers), lycées (idem), classes-théâtres (Section théâtre), au Service Université Culture de Clermont-Fd ou à destination de publics plus ciblés : enfants des rues à Meknès-Maroc, CTIA (département d’adolescents «suicidaires» en séjours longs à l’hôpital Sainte-Marie/Clermont-Fd), l’association Pass’age du CHRU en collaboration avec la psychiatre Eve Courty (actions ponctuelles à destination de jeunes en crise (juste après une tentative de suicide), ateliers ponctuels en amont ou en aval des représentations de ses spectacles, stages etc.

Par ailleurs, la plupart des nouvelles créations menées par la compagnie font l’objet de partenariats avec une collectivité locale (commune, départements…) ou un établissement scolaire pour associer de jeunes spectateurs à chacune des étapes de travail, dans l’objectif d’établir entre eux et l’équipe artistique un dialogue critique sur le processus de création.

athra & compagnie développe une forme alternative des Yeux ouverts qui intègre au spectacle professionnel de jeunes lycéens, des étudiants ou des amateurs de 16 à 75 ans.

La transmission – Texte d’Olivier Papot

« Tous les hommes sont égaux, ça, il n’y a pas de doute, ce qui va les différencier, c’est fondamentalement leurs actes »

Gérard Guièze, philosophe

Cette phrase prononcée il y a déjà pas mal d’années par mon charismatique professeur de philosophie de l’époque, Monsieur Gérard Guièze me revient à peu près systématiquement en mémoire lorsque la compagnie est sollicitée pour intervenir auprès d’un groupe de personnes en partance pour une aventure théâtrale.
Qu’il s’agisse de participants volontaires ou d’individus qui se sont vus imposer cette expérience (on pense ici par exemple à la population scolaire embarquée dans une classe culturelle obligatoire), la question de la finalité et de la responsabilité de nos actes en tant qu’artistes mais aussi en tant que pédagogues est à chaque fois engagée.
Malgré presque 20 ans d’expérience d’ateliers, de stages, de projets scolaires variés, nous nous garderons bien de nous prévaloir d’une quelconque vérité absolue en matière de transmission et tournons résolument le dos à toute posture ménageant la confusion du savoir et de la magie qu’affectionnent les trop fréquents gourous auto-proclamés de la formation artistique.
Que faut-il d’ailleurs entendre derrière le mot générique de transmission ? Est-ce de l’instruction ? Est-ce de l’éducation ? Est-ce de la formation ? Chacune de ces déclinaisons conceptuelles est déjà en soi un positionnement « politique » qui influence, si ce n’est définit, le cadre relationnel entre celui sensé savoir et ceux que l’on qualifie usuellement d’apprenants.
La singularité de la transmission autour de l’acte artistique n’est assurément pas une spécificité contemporaine, puisque, historiquement, la légitimité de l’Éducation Artistique n’a jamais procédé d’aucune forme d’évidence pour les institutions en charge de la construction de la personne à commencer en premier lieu par l’école. Ainsi, de Platon à Rousseau, la tradition a presque toujours opposé l’approche éducative et l’approche artistique, la première étant dédiée à la formation intellectuelle, l’autre à la formation affective, c’est-à-dire à la sensibilité.
Aujourd’hui encore, lorsque nous sommes sollicités pour intervenir dans une action ayant trait à la transmission, nous demeurons surpris par la diversité et parfois l’aspect contradictoire des attentes des commanditaires qu’il s’agisse des instances culturelles, scolaires, médico-sociales…
Face à ces désirs polymorphes, avoués ou implicites, notre position reste la même. athra et compagnie ne s’engage que dans un processus dédié à la création théâtrale en tant que telle. Tant mieux si l’exercice améliore les facultés d’expression des participants, favorise leur maîtrise corporelle, voire enrichit leur bagage culturel, mais ce ne sont pas là les objectifs que nous nous assignons.
Notre intention est de restituer la portée d’une pensée contenue dans un texte qui, par le prisme de l’art dramatique, propose une vision du monde propre à ébranler les certitudes, à débusquer les lieux communs et autres poncifs complaisants, à ré-enchanter l’absurde impuissance de l’homme à comprendre les tenants et les aboutissants de son existence, bref, à s’émerveiller de la capacité partageable à produire de l’émotion et du questionnement.
Pour ce faire, nous avons construit au fil de notre parcours, une démarche de travail soutenue par sept grands principes :

  • La co-construction de la création entre la mise en scène, à notre charge, et les propositions de jeu des acteurs, considérés pleinement comme des acteurs.
  • La convocation de textes d’origines diverses se renvoyant par effet de miroir le vertige d’un ressenti émotionnel personnel ou collectif.
  • Le respect de la notion de jeu : l’acteur est par définition un joueur qui cherche avec jubilation et rigueur à atteindre la subtilité du « mentir-vrai ».
  • La bienveillance à l’égard de la diversité des modes expressifs et des points de vue sur la notion de représentation.
  • L’importance accordée à l’occupation de l’espace.
  • La musicalité de l’ensemble entre parole collective et virtuosité individuelle.
  • La finalité de toute tentative expressive ne peut viser autre chose que le public.


L’acte de transmission est donc pour nous un acte que nous estimons comme fondamental car, comme nous le disions en préambule, il engage pleinement notre responsabilité. En ce sens, il se rapproche fort d’un acte à finalité politique, mais au sens hellénien du terme.
Face à cet enjeu, il nous semble devoir adopter une attitude emplie de curiosité permanente et d’humilité.
Le pédagogue Philippe Meirieu rappelle d’ailleurs le paradoxe de la transmission qui demeure en même temps et un impératif générationnel et une impossibilité tant il faudrait transmettre une masse absolument immense des savoirs humains sans en avoir ni le temps ni l’assurance des méthodes.
« Il faut imaginer Sisyphe heureux » écrivait Albert Camus.
Nous nous revendiquons de cette position en ce qui concerne la transmission, tâche enthousiasmante assurément mais à renouveler sans cesse. Mais comme aimait à le rappeler Gérard Guièze en d’autres temps : «  Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous ne faisons pas, c’est parce que nous ne faisons pas que c’est difficile ».

Olivier PAPOT
athra & compagnie
Septembre 2013